L’auto-édition est riche de promesses

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© Cécile La Gravière

On nous disait que les grands Éditeurs ne publiaient les auteurs inconnus que sur recommandation. On nous recommandait de lister les moyens et petits éditeurs qui publiaient le même genre de livres que le nôtre. On nous exhortait à écrire des lettres d’introduction personnalisées, pour que l’on n’ait pas l’air d’avoir envoyé notre manuscrit tous azimuts – mais on nous conseillait de l’envoyer, ce manuscrit, tout de même, tous azimuts : mentir, voilà ce qu’on nous conseillait de faire. Et que la lettre soit sobre, nous disait-on, qu’elle soit convaincante, sans que cela ressemble à une lettre de motivation. Trouver le bon ton, inclure un synopsis. Éviter ça, le synopsis.

On nous disait de, surtout, persévérer. Cela faisait partie du talent de l’écrivain. D’envoyer. De renvoyer et, plutôt que d’attendre, on nous conseillait de renvoyer ailleurs. On nous présentait les grands persévérants comme des héros de la littérature, pleins d’acharnement et très chanceux. L’Éditeur tel qu’on le connaît, ce Totem avec son logo, seul capable de dire qui est écrivain, qui ne l’est pas, n’est apparu qu’au dix-neuvième siècle. J’ai longtemps rêvé de le voir à genoux devant mes manuscrits. Mais j’ai toujours été trop occupée à écrire, à écrire, à écrire,  à écrire. A aimer. A vivre pour aimer, à aimer pour écrire, à gagner de quoi vivre, à lire, pour m’épuiser à enfoncer des portes célèbrement verrouillées.

On nous disait que c’était une rumeur. Qu’il ne fallait pas croire les clichés sur le monde de l’édition. Qu’il suffisait d’attendre. La rencontre finissait par se produire : avec un Éditeur, son attaché de presse, sa femme, son stagiaire assistant d’édition, son concepteur-graphiste, son vigile, quelqu’un de la maison, les portes s’ouvraient. Cela faisait presque partie du talent de l’écrivain : les portes s’ouvraient. Il suffisait parfois de connaître quelqu’un qui connaissait quelqu’un.  Il fallait, cependant, pour cela, sortir de chez soi un tant soit peu. Se faire un réseau. Moi, je n’ai jamais eu de réseau.  Je n’ai qu’une famille et des amis. Des collègues à la limite, à qui je parle peu, à moins qu’ils ne fassent partie de ma zone de confort. Le seul réseau que j’aie, la vérité, c’est un réseau de thèmes, de questions et de réponses problématiques (la Littérature occidentale, Madagascar, la Françafrique, Dieu, la politique, l’Histoire, mon passé, mes rancunes, et vous. Et vous.)

On nous disait qu’il ne fallait pas désespérer. Je n’ai jamais désespéré. J’étais partie pour attendre. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’attendre : j’ai la possibilité technique et juridique (tant que le statut d’auto-entrepreneur existera…) de publier mes livres moi-même, de les vendre moi-même, de les défendre moi-même.

Imaginons cependant qu’un Éditeur ait décidé de publier mon roman. J’ai passé trois ans de ma vie d’adulte à écrire Le Stupéfiant à temps plein ; je l’ai corrigé, remanié, révolutionné. Cela fait onze ans que je l’améliore, et que j’en oublie, consciemment ou pas, d’enfoncer les portes verrouillées des éditeurs. Hier, j’aurais été fière de céder tous mes droits sur ce travail. Je sais que cela aurait très bien pu se produire. Vous l’auriez acheté. Des inconnus l’auraient acheté. J’aurais touché 10 % sur le prix des ventes. Au prix moyen des romans, j’aurais touché 2 euros par exemplaire vendu. On nous dit que les ventes d’un premier roman se situent entre 500 et 800 exemplaires. J’aurais donc gagné entre 1 000 et 1 600 euros pour quatorze ans de travail. Très bien. Imaginons qu’au-delà du 800ème exemplaire vendu, plus rien ne se passe. C’est-à-dire que l’Éditeur, il arrive un moment où il a d’autres auteurs à promouvoir, une nouvelle actualité, je ne sais pas vraiment comment ça marche, mais on a lu des plaintes d’auteurs abandonnés. Au bout de cinq ans, si les ventes annuelles sont inférieures à 10 % des volumes en stock, l’Éditeur peut mettre mon livre au pilon. Renseignez-vous sur la mise au pilon des livres. Il ne faut pas être un militant écologiste, ni détester les travers de la société de consommation : destruction totale des exemplaires en stock parce que le livre ne se vend plus, et pour que,  jamais, nul ne le vende sous le label de l’Éditeur. Je peux certes les racheter, ces volumes en stock, mais je ne peux pas les revendre, à moins de faire disparaître le nom de l’Éditeur, bonjour la beauté de la couverture.

Mais, me diriez-vous, j’aurai, au moins, été publiée. Mais voyez-vous, le principe de l’auto-publication, c’est d’être, pareillement, publiée, et aussi de toucher jusqu’à 70 % du prix de vente. Je n’ai pas pour ambition de gagner plein d’argent. Mais l’écriture, c’est un travail. C’est mon travail principal. Si, comme dit plus haut, les ventes d’un premier roman rapportent donc entre 1 000 et 1 600 euros à un poulain débutant chez Gallimard, qu’il sache qu’en auto-publication, il aurait gagné entre 7 000 et 11 200 euros. On nous prévient : si l’éditeur rémunère si peu son auteur, c’est parce qu’il finance la diffusion, la distribution et la publicité du livre. Or, avec Internet et les technologies numériques en général, il est possible de diffuser, de distribuer et de promouvoir son livre pour la modique somme de : rien du tout. On nous dit que si les éditeurs paient des professionnels, c’est justement pour obtenir un résultat impeccable. Est-ce que, justement, l’autorité de l’auteur consiste à bénéficier d’un habillage impeccable sur lequel il n’a aucun mot à dire, ou est-ce que, avec un logiciel de mise en page, un logiciel de dessin bitmap, un logiciel de dessin vectoriel et un mari passionné de ce genre de choses, avec des amis, de vrais amis vraiment compétents, lecteurs, relecteurs et correcteurs, graphistes, aussi, et avec du temps que l’on prend sur son temps de travail alimentaire, quitte à perdre en « pouvoir d’achat », on ne peut pas faire le pari qu’un roman peut être impeccable graphiquement, typographiquement, orthographiquement, et d’une qualité LITTÉRAIRE suffisante pour se défendre, un peu, aussi, et pour être jugé, surtout, par et sur son contenu ?

Je ne dis pas que les grands groupes d’édition ont des pratiques douteuses. Ni que les éditeurs traditionnels ne publient que leurs camarades, leurs maîtresses et leurs amants, même dépourvus de talent, même obligés de réécrire huit fois leur livre – à moins qu’il ne s’agisse d’amis célèbres et sans AUCUN talent, auquel cas l’éditeur passe par la case nègre – et de changer le titre, de modifier la fin, le début, le milieu, pour que cela ressemble à quelque chose, et tant pis si cela ne se vend toujours pas quand même. Ce n’est pas ça que je dis. Je ne dis pas que les éditeurs traditionnels paient des blogueurs pour qu’il vous soit conseillé d’acheter des livres inutiles dont les auteurs eux-mêmes ne sauraient comment les défendre, productions surgies de nulle part ailleurs que de leur ego paresseux, livres néants qui n’intéressent personne, n’apportent rien et ne parlent à macache.Vous trouverez toujours quelqu’un d’autre que moi pour vous dresser ce tableau.

 Ce que je dis, c’est que nous vivons un moment passionnant, où, à côté des chefs d’œuvres édités par les grandes, moyennes et petites maisons d’édition, mais aussi des non-livres produits par des écrivains imaginaires, les lecteurs pourront trouver des livres écrits par une pile d’auteurs inspirés qui n’attendront plus qu’un Totem en faux titane se tourne vers eux pour être lus sous format papier ou électronique de qualité. Je dis que parmi ces auteurs, la compétition sera rude, peut-être et je dis que c’est de cela que les vrais auteurs sans réseau, tous genres confondus, n’ont jamais cessé de rêver :  l’émulation sans pitié. La Renaissance. Aux lecteurs, comme on dit, d’en décider. Parce que le jour est en train de venir où l’on se passera de l’avis des journalistes autorisés pour savoir ce que l’on a envie de lire.

Au sujet des pairs, et parce que je ne sais pas comment faire autrement, je remercie humblement Ludovic Bablon qui, par le biais d’un cours de story-telling et de conseils personnalisés prodigués en 2007, m’a appris à écrire mieux, pour dire les choses en résumé. C’est un garçon très doué qui, en plus d’auto-publier des livres époustouflants, s’obstine à diffuser son savoir, ses techniques, ses outils. Des dettes, j’en ai d’inquantifiables auprès d’Emilie Brontë, de Kafka, de Dostoïevski, de Jean-Joseph Rabearivelo, de Faulkner, mais Ludovic Bablon est vivant et je crois qu’il faut rendre à chacun, sans tarder trop, ce qui lui est dû. Guettez la sortie de son K.I.N.S.KI.

Lisez mon Stupéfiant. Prenez votre temps : tant que Lulu.com existera, il restera disponible, sans limitation de stock. Et si Lulu disparaît, parce que je possède les droits et les fichiers de publication, je me tournerai vers une nouvelle plateforme d’édition. Guettez les nouvelles de 25-30 ans.

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(Ce texte a été publié une première fois sur mon blog Mediapart.)

2 commentaires

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  2. lol Publishroom qui la ramène avec une pub en réponse à un texte qui prône l’auto-édition ! Il y en a qui n’ont vraiment honte de rien. Pour comprendre le côté comique de la chose, il faut savoir que Publishroom donne dans le compte d’auteur, et non dans l’auto-édition. – Bon, ces textes datent de 2013, mais je n’ai pas pu m’empêcher de laisser un commentaire.

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