Demain

Demain ce blog aura un an. J’avais entrepris d’y mettre en dépôt mes émotions sur ce précieux premier roman publié sans commissionnaire et de cette manière le faire connaître et puis faire connaître mon nom. N’importe comment. Sans danger. Le texte était devenu disponible. Et le principal, mon approbation de la lettre et de l’esprit du livre m’était, alors comme aujourd’hui, un réconfort qu’aucune forme d’indifférence, de rejet, de discrédit ne pouvait délabrer. Malgré tout j’avais lu trois livres sur l’auto-édition, bu des conseils autorisés pour arriver jusqu’à vos marque-pages. J’avais adoré les manuels de marketing viral, les do’s et les dont pour vendre et fidéliser. Tous disaient ceci :  ouvre ton blog. Ouvrir un blog, drôle de conseil : en établissant mon auto-entreprise j’avais appris bien des choses sur les astces du commerce mais en tenant ce blog, ces choses, je les ai quasiment toutes désapprises avec bonheur.

Malgré le blog, avec ce blog, je n’ai donc pas joué le jeu de la promotion longtemps. Cela ne m’avait servi à rien, il n’y avait jamais eu que le Bon pour m’intéresser. Le Bon se cherche et se trouve seul face à la mort ; on le talonne en solitaire ou flanqué de Dimitri Karamazov, de Joe Christmas. De même la beauté se négocie tout au fond des cœurs avec l’immémoriale vérité de la douloureuse Andromaque, de Jonas, fils d’Amitthaï, de John Grady Cole et de Lacey Rawlins et de Jimmy Blevins. Le reste est communication.

Demain ce blog annoncera, réfléchira, punaisera des rimes et des vers aux autres feuillets. Il communiquera beaucoup, partagera peu, ne dira rien de Je, ne cèlera rien sur moi. Ce blog suivra le fil royal des jours qui ne respectent aucune de nos pensées raides et peureuses et combinardes, il vieillira comme les arbres, sans esprit d’entreprise.

Semaine 38 (Pour être ici ce soir)

gilda03

Commencé un nouveau travail alimentaire, puisé dans chaque instant des couleurs, des saveurs, des courbatures à décrire, écrit quelques milliers de mots, rencontré de nouvelles personnes, l’une d’entre elles porte le prénom d’un de mes personnages, la vie dépasse mes histoires, la marge est immense. Rien ne se produit sans me rendre millionnaire de ceci, de cela.

J’ai vu un feu d’artifice avec JPP, j’ai vu un Charles Vidor et le début d’un Robert Siodmak et maintenant j’écoute un Bessie Smith, bientôt j’écrirai une ou deux chansons avec mon âme sœur.

La vie est.

S

J’écris mon roman dans le dessein de multiplier la vie comme ça, par jeu et par gratitude. Et banalement l’ambition de me soumettre à moi-même une fiction qui soit plus qu’un récit, un récit qui dise mieux qu’une intrigue et des personnages intenses, classiquement, l’exigence revient, qui me harasse. Une fois encore je voudrais aller au-delà, si possible, de ce que je suis près de réussir. Je sais qu’on m’a programmée pour ne pas travailler autrement et s’il m’a fallu des saisons difficiles, des inflammations malvenues pour accepter, aussi, la joie primitive et la liberté d’être, je ne renie ni mon héritage ni mes vœux.

Crime et châtiment de Dostoïevski, La Route de McCarthy, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Du côté de chez Swann de Proust, Sous le soleil de Satan de Bernanos, et, bien sûr, la Divine Comédie de Dante : dans ces romans je puise l’appétit de bâtir et de casser, de laisser naître ou de biffer sans indulgence, de bâfrer peines et cambouis, fierveur, parousie et régals et constance.

Une voix

http://www.martinacb.com

©Martin ARGYROGLO

Toi que l’on dit qui bois de cette eau presque absente
Souviens-toi qu’elle nous échappe et parle-nous
La décevante est-elle, enfin saisie,
D’un autre goût que l’eau mortelle et seras-tu
L’illuminé d’une obscure parole
Bue à cette fontaine et toujours vive,
Ou l’eau n’est-elle que l’ombre, où ton visage
Ne fait que réfléchir sa finitude ?
– Je ne sais pas, je ne suis plus, le temps s’achève
Comme la crue d’un rêve aux dieux irrévélés,
Et ta voix, comme une eau elle-même, s’efface
De ce langage clair et qui m’a consumé.
Oui, je puis vivre ici. L’ange, qui est la terre,
Va dans chaque buisson et paraître et brûler.
Je suis cet autel vide, et ce gouffre, et ces arches
Et toi-même peut-être, et le doute : mais l’aube
Et le rayonnement de pierres descellées.

Yves Bonnefoy, Pierre écrite Poèmes, Paris, Poésie/Gallimard 1982

Que t’ai-je fait

Et chaque jour une surprise
Déposant ton revolver
Abandonnant l’électrolyse
Des robots en pull-over

Déposant ton revolver
Remplace donc les ripostes apprises
Par une question qui libère
Et tue la haine et les hantises

Abandonnant l’électrolyse
Des vengeances nucléaires
Pour des vacances des cerises
Et des ripailles balnéaires

Des robots en pull-over
Perds l’indéracinable sottise
Reçois le feu d’une vie entière
Et chaque jour une surprise

Fabdecaen9

Photo : Naomikado