Un véritable auteur – « Sauf les fleurs » de Nicolas Clément

© Cécile La Gravière

Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. Marguerite Duras – Écrire

…et nos paroles seront vraies, quelque étranges et inattendues qu’elles soient, et chacun saura tout, selon la suite des temps. Eschyle – Les Suppliantes

Ce qui le rendait violent, surtout, c’était de voir chez lui quelqu’un de la famille plongé dans un livre ou un journal. Il n’avait pas eu le temps d’apprendre à lire et à écrire. Compter, il savait. Annie ErnauxLa Place

Je m’en vais maintenant tout effacer sauf les fleurs. Samuel Beckett – Têtes Mortes

SaufLesFleurs

Le billet que vous vous apprêtez à lire dévoile des aspects importants de l’intrigue.

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Je dédie ce texte à Cécile La Gravière qui m’a fait découvrir, il y a cinq ans, le Bleu du Ciel.

Catadioptrique

(Contre la critique) « Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. Donnez toujours raison à votre sentiment à vous contre ces analyses, ces comptes rendus, ces introductions. Eussiez-vous même tort, le développement naturel de votre vie intérieure vous conduira lentement, avec le temps, à un autre état de connaissance. Laissez à vos jugements leur développement propre, silencieux. »
Rainer-Maria RILKE, Lettres à un jeune poète, Éditions Grasset, 1937, page 35.

(Pour Hugo) «Treize Egaux marquent « les cent degrés du génie ». Ce sont Homère, Job, Isaïe, Ézéchiel, Lucrèce, Juvénal, Tacite, Jean de Patmos, Paul de Tarse (…), Dante, Rabelais, Cervantès, Shakespeare. Hugo en fait treize portraits éblouissants, et voici comment il les fait. Il se met entre deux glaces. Il voit treize Victor Hugo, et il les désigne du doigt sous les noms Shakespeare, Cervantès, Rabelais, etc. »
Albert THIBAUDET, Physiologie de la critique, La Nouvelle Revue Critique, 1930, page 133.

(Avec Proust) « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu’on fait sont beaux. »
Marcel PROUST, Contre Sainte-Beuve, Éditions Gallimard, 1993, page 297

(Pour un nouveau roman) « Un souffle ouvre des brèches opéradiques dans les cloisons, – brouille le pivotement des toits rongés, – disperse les limites des foyers, – éclipse les croisées. –  »
Arthur RIMBAUD, « Nocturne vulgaire » in Illuminations, Éditions Gallimard, 1984, page 179

Ranaivoarivony, Soudoplatoff, Yvon

© Anne-Sophie Soudoplatoff - http://www.annesofilms.com/

© Anne-Sophie Soudoplatoff – http://www.annesofilms.com/

Je l’ai dit ce matin, en entretien d’embauche : « Les grands livres m’ont marquée à jamais. Il m’est impossible d’envisager l’écriture autrement que comme un dialogue aussi exigeant que vital avec des écrits qui ont demandé du temps à leurs auteurs, beaucoup de temps, de courage et d’oubli de soi et des marottes contemporaines jusqu’à écrire à mon tour et publier moi-même des textes qui ne répondent qu’à mes attentes, et aux attentes de ceux qui, s’ils existent, partagent mon degré d’exigence. »

Aujourd’hui je sais qu’ils existent, ces cœurs intraitables, parfois tout près de moi, parfois plus insus.

Le Stupéfiant ne m’appartient plus. Il a trouvé ses lecteurs, ses traducteurs en images, en musique, en souffles de voix, en toute confidentialité.

Et je peux à présent mourir, c’est-à-dire vivre, c’est-à-dire écrire (c’est-à-dire écrire.)